Ce week-end, j’ai regardé le documentaire d’Arte « Musk, Bezos et les autres à la conquête de Mars ». Je l’ai terminé avec un sentiment d’injustice, presque de colère, face aux agissements spatiaux et leurs désastres collatéraux de Musk et compagnie… et avec une conviction renforcée : la slow tech, cet usage conscient des technologies, est notre vraie liberté.
Vous allez vous dire : « Mais quel est le rapport avec Hu-Tech ? » S’il n’a pas pu être explicite tout de suite, il existe bel et bien.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un documentaire me laisse dans cet état. J’avais déjà terminé The Great Hack en colère face au scandale Cambridge Analytica. Le New Space en est la version satellitaire, littéralement : même logique de captation des données et de consentement fabriqué, mais déployée à l’échelle de l’orbite terrestre.
Loin de l’éclat spatial, près de notre responsabilité
Loin, très loin de cette réalité de lancement de fusées, du maillage en orbite basse par des satellites à durée de vie très courte (5 ans), des désastres écologiques (sur Terre et dans l’atmosphère) et autres aberrations, on en revient une nouvelle fois à la responsabilité individuelle : utiliser ces technologies consciemment.
Si les Musk & co. sont emportés par leur délire et leurs profits, nous pouvons de notre côté être plus « sages » et conscients de notre rôle à jouer dans ce contexte : utiliser notre libre arbitre, notre conscience, notre humanité face à ce déferlement du « toujours plus et plus vite ».
Nous le ressentons et nous sommes de plus en plus préoccupés par ce phénomène… consciemment ou non. Nos cerveaux sont surchargés, notre attention et notre concentration en font les frais… sans compter cette constante course derrière la moindre avancée technologique, que nous essayons tant bien que mal de suivre (pour ceux qui sont technophiles).
Et puis il y a notre monde, que certains rêvent de quitter
Et puis il y a notre monde, que certains rêvent de quitter pour tout recommencer ailleurs… sur Mars. Une idée tellement saugrenue que j’ai le sentiment que ces personnes accélèrent le gâchis sur cette Terre pour disposer d’un argument irréfutable pour la quitter. L’absurdité, la folie même de ce comportement, pourrait faire froid dans le dos.
Le coût caché de l’« innovation »
Et puis il y a nous, humbles humains à qui on offre (enfin, à qui on fait payer) les services technologiques avancés, sans qu’on nous en explique grand-chose. Certes, à l’ère de l’information et de la donnée, nous pouvons tout trouver sur le World Wide Web, mais celui-ci est plutôt devenu le World Wild Web.
Et puis cette information ne remplace pas un accompagnement, le temps pour l’adoption, pour l’apprentissage, la persévérance, le réajustement éventuel avant d’en faire un vrai outil qui a un sens dans notre vie et donc qui nous aide à devenir une meilleure version de nous-mêmes au sens de nos valeurs.
Un outil peut aussi être aimé pour ce qu’il fait à notre pensée. J’ai déjà écrit combien la Supernote permet à la pensée de se libérer et de s’organiser. Voilà le contrepoint exact des technologies qui fragmentent notre attention pour la revendre.
Quand la confidentialité devient un acte politique
Dans cette course folle dans laquelle les géants de la tech nous ont embarqués, nous avons toujours le choix de freiner, voire de nous arrêter pour disposer de l’espace et du temps de prendre conscience de nos fonctionnements et de leurs conséquences (sur nous-mêmes, les autres, notre environnement).
C’est exactement ce qu’a vécu l’équipe de Punk (Suisse). Dans un courriel récent à ses clients ayant précommandé son dernier modèle, le MC03, le fondateur Petter Neby expliquait qu’un délai supplémentaire était nécessaire, pas pour des raisons de production, mais parce que l’équipe logicielle d’Apostrophy avait découvert une faille de sécurité dans un composant central. Plutôt que de livrer précipitamment, ils ont préféré attendre un mois de plus. Cette décision, qui coûte financièrement, illustre exactement ce que j’essaie de transmettre ici : la technologie consciente prend le temps. Elle assume ses engagements, même quand cela nuit à la rentabilité à court terme.
On peut aimer un outil pour ce qu’il fait. On peut aussi l’aimer pour ce qu’il dit de ceux qui l’ont conçu. C’est ce que je développais dans Une tablette conforme à ses valeurs. Ce courriel de Punkt en est la démonstration à l’échelle d’une entreprise, ce que la tablette qui mérite ma confiance était à l’échelle d’un objet : une exigence de sécurité vérifiable, pas un argument marketing.
L’e-ink, terrain d’entraînement à la slow tech
Ma collection de tablettes e-ink (Onyx Boox Tab X, Boox Note Air 3C, reMarkable 2, reMarkable Paper Pro, reMarkable Move, Supernote Manta, Supernote Nomad) n’est pas une accumulation compulsive. Chaque appareil a été choisi, testé, abandonné ou gardé selon sa capacité à m’aider à être plus concentrée, moins distraite, plus maître de mon attention — de la reMarkable Paper Pro et son HU Score de 8.7/10 à la série complète sur la Manta.
Car il fallait bien une méthode pour trier. Le HU Score est né exactement de ce constat : évaluer une technologie avant qu’elle ne vous évalue. C’est l’exercice de libre arbitre le plus concret que je connaisse — cinq minutes de réflexion au lieu d’un clic.
Contrairement aux méga-constellations satellitaires qui promettent une connexion partout et tout le temps, l’e-ink rappelle qu’on peut vivre autrement. Une batterie qui dure des semaines. Un écran qui ne brille pas. Un système qui vous laisse lire sans publicité, écrire sans suivi algorithmique, penser sans notification.
La liberté à chaque instant
J’y reviens parce que c’est le cœur de cet article : cette course folle que les géants de la tech nous ont imposée, nous pouvons la freiner, voire l’interrompre, à condition de nous ménager l’espace et le temps d’en mesurer les conséquences.
C’est cette liberté qui est la nôtre à chaque instant qu’a réveillée ce documentaire.
Le slow tech n’est pas une fuite en arrière. C’est un acte de liberté : refuser que d’autres décident pour nous de ce que signifie le progrès. Face à l’IA, c’est ce que propose concrètement le >slow_prompt : cinq questions simples avant d’ouvrir un assistant. C’est choisir des outils qui respectent notre temps, notre attention, notre vie privée, notre planète.
Mars attendra. Nous avons d’abord notre Terre à protéger — et notre humanité à préserver.
Sources :
- Musk, Bezos et les autres à la conquête de Mars, documentaire ARTE, 2026
- Courriel de Petter Neby, fondateur et CEO de Punkt, aux clients ayant précommandé le MC03, mai 2026

