Je suis une adepte de première heure des tablettes reMarkable : j’ai eu le premier modèle (en plastique blanc), le second (plus chic, en aluminium), le modèle couleur (Paper Pro) et, tout dernièrement, la version « carnet » avec la Paper Pro Move. J’ai donc possédé tous les modèles reMarkable depuis leur sortie et j’ai un certain recul sur ces produits.
Passons la reMarkable Paper Pro au crible des items du HU Score.
1. Puis-je la configurer pour respecter mes yeux ?
C’est une tablette e-ink : par défaut, son écran protège mes yeux. Le seul bémol est que le contraste est un peu moins bon sur la Paper Pro, modèle couleur, que sur un modèle niveaux de gris. Un rétroéclairage frontal existe, mais sa lumière est, à mon goût, beaucoup trop froide. C’est une préférence personnelle, donc je ne vais pas leur en tenir rigueur.
2. Mon attention est-elle respectée ?
Le système fermé de la reMarkable est minimaliste, sans distractions, sans notifications. On peut être totalement concentré sur sa tâche d’écriture ou de lecture.
3. Mes données sont-elles privées ?
Les fichiers de la reMarkable sont stockés dans leur cloud, hébergé sur Google Cloud Platform, sur des serveurs situés en Europe. Les données sont chiffrées au repos (AES-256) et en transit (TLS). reMarkable est certifié ISO/IEC 27001:2023, un standard reconnu en sécurité de l’information. En revanche, il n’existe pas d’option officielle de cloud privé ou d’auto-hébergement : nos fichiers restent sur l’infrastructure Google, même si les serveurs sont européens.
4. Puis-je récupérer mes fichiers si je change d’appareil ou de marque ?
Oui. Je l’ai testé et en quelques clics, j’ai exporté tous mes carnets au format PDF et récupéré tous mes PDF et ePub grâce à l’application desktop reMarkable.
5. Est-elle conçue pour durer ?
Le service réparation de reMarkable peut remplacer une batterie, et l’entreprise revendique une amélioration significative de la réparabilité par rapport à la rM2 (74 % de composants réutilisables en plus). On ne peut pas intervenir soi-même facilement, contrairement à une Supernote par exemple. Le concept n’est pas de fournir un produit modulaire, mais un produit réparable par un professionnel. À noter : les modèles les plus récents (Paper Pro Move et Paper Pure) vont encore plus loin, avec un assemblage par vis et clips sans colle.
6. Son modèle économique me respecte-t-il ?
Le modèle repose sur la vente de matériel et sur un abonnement optionnel au cloud (Connect). Sans cet abonnement, la tablette fonctionne, mais les fichiers non modifiés depuis 50 jours cessent d’être synchronisés avec le cloud (ils restent sur la tablette). L’accès aux applications desktop et mobile est maintenu, mais avec des fonctionnalités réduites (pas de création ni d’édition de notes depuis ces apps). L’abonnement étant presque indispensable en pratique, l’utilisateur dépend de la politique tarifaire de reMarkable. Les données du cloud ne sont pas monétisées.
7. Est-elle conçue pour me servir ou pour me retenir ?
La reMarkable est conçue pour l’écriture et la lecture. Son système minimaliste joue le jeu : pas de notification, pas de possibilité d’ajouter des apps. Le seul bémol est que ce système, minimaliste par choix, n’a pas beaucoup évolué depuis le premier modèle. Pour un produit premium, l’OS pourrait proposer des fonctionnalités plus ergonomiques. Je ne peux pas m’empêcher de comparer avec la Supernote et son système vraiment astucieux. La reMarkable me sert, mais elle pourrait mieux le faire.
La reMarkable a été ma première tablette e-ink et, à l’époque, j’avais trouvé le concept révolutionnaire. J’ai beaucoup utilisé mes rM, mais avec une certaine frustration, notamment à cause de la friction créée par l’impossibilité de retrouver facilement mes tâches (mis à part via les mots-clés) et de ne pas pouvoir lier des notes entre elles. En revanche, l’objet est magnifique, premium et très solide… mais un peu lourd.
À l’heure où j’écris ces lignes, reMarkable vient d’annoncer le licenciement de plus de 200 personnes et le départ de son CEO, Philip Hess (remplacé par Vegard Gullaksen Veiteberg). C’est le deuxième plan social en moins d’un an. La santé financière de l’entreprise est à suivre de près.

