reMarkable Paper Pro : HU Score de 8.7/10

J’ai été une adepte de la première heure des tablettes reMarkable. Le premier modèle, en plastique blanc. Le second, en aluminium brossé. Le modèle couleur, le Paper Pro. Et tout dernièrement, la version carnet, la Paper Pro Move. J’ai donc possédé tous les modèles depuis leur sortie, ce qui me donne un recul que peu de tests peuvent revendiquer.

Ce recul, je le passe aujourd’hui au crible du HU Score — ma grille d’évaluation en sept questions pour mesurer dans quelle mesure un outil numérique respecte vraiment son utilisateur.

Les sept questions

1. Puis-je la configurer pour respecter mes yeux ?

C’est une tablette e-ink : par défaut, son écran protège les yeux. Le seul bémol est que le contraste est légèrement moins bon sur la Paper Pro (modèle couleur) que sur un modèle en niveaux de gris pur — c’est inhérent à la technologie couleur Kaleido. Le rétroéclairage frontal existe, mais sa lumière me paraît trop froide à mon goût. C’est une préférence personnelle, pas un défaut objectif.

2. Mon attention est-elle respectée ?

Le système fermé de la reMarkable est minimaliste, sans distractions, sans notifications. On peut se concentrer totalement sur l’écriture ou la lecture. C’est un choix de conception assumé et cohérent.

3. Mes données sont-elles privées ?

Les fichiers sont stockés dans le cloud reMarkable, hébergé sur Google Cloud Platform, sur des serveurs situés en Europe. Les données sont chiffrées au repos (AES-256) et en transit (TLS). reMarkable est certifié ISO/IEC 27001:2023. En revanche, il n’existe pas d’option officielle de cloud privé ou d’auto-hébergement : les fichiers restent sur l’infrastructure Google, même si les serveurs sont européens. C’est le principal point de vigilance de cette évaluation.

4. Puis-je récupérer mes fichiers si je change d’appareil ou de marque ?

Oui, et je l’ai testé. En quelques clics, j’ai exporté tous mes carnets au format PDF et récupéré tous mes PDF et ePub via l’application desktop reMarkable. La portabilité est réelle.

5. Est-elle conçue pour durer ?

Le service de réparation de reMarkable peut remplacer une batterie, et l’entreprise revendique une amélioration significative de la réparabilité par rapport à la rM2 (74 % de composants réutilisables en plus). On ne peut pas intervenir soi-même facilement, contrairement à une Supernote. Le concept n’est pas la modularité grand public, mais la réparabilité par un professionnel. Les modèles les plus récents (Paper Pro Move et Paper Pure) vont encore plus loin avec un assemblage par vis et clips sans colle.

6. Son modèle économique me respecte-t-il ?

Le modèle repose sur la vente de matériel et sur un abonnement optionnel au cloud (Connect). Sans abonnement, la tablette fonctionne, mais les fichiers non modifiés depuis 50 jours cessent d’être synchronisés avec le cloud — ils restent sur la tablette, mais l’accès depuis l’application desktop ou mobile est limité. L’abonnement est presque indispensable en pratique, ce qui crée une dépendance à la politique tarifaire de reMarkable. Point positif : les données du cloud ne sont pas monétisées.

7. Est-elle conçue pour me servir ou pour me retenir ?

La reMarkable est conçue pour l’écriture et la lecture. Son système minimaliste joue le jeu : pas de notifications, pas d’applications tierces. Le seul bémol, et il est réel : ce système n’a pas beaucoup évolué depuis le premier modèle. Pour un produit premium, l’OS pourrait être plus ergonomique. Je ne peux pas m’empêcher de le comparer à la Supernote et à ses fonctionnalités plus abouties. La reMarkable me sert, mais elle pourrait mieux le faire.

Mon bilan

La reMarkable a été ma première tablette e-ink. À l’époque, j’avais trouvé le concept révolutionnaire. Je l’ai beaucoup utilisée, avec une certaine frustration : l’impossibilité de retrouver facilement des notes autrement que par mots-clés, et l’absence de liens entre les pages. L’objet est magnifique, solide, premium — mais un peu lourd.

À l’heure où j’écris ces lignes, reMarkable vient d’annoncer le licenciement de plus de 200 personnes et le départ de son CEO Philip Hess, remplacé par Vegard Gullaksen Veiteberg. C’est le deuxième plan social en moins d’un an. La santé financière de l’entreprise est un point à suivre, notamment pour qui envisage un investissement dans la durée.

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