The s(l)o(w)cial dilemma? Ce que m’a appris The Social Dilemma

deux visages de la même femme superposés : l'un avec une main devant la bouche et l'autre avec une main devant les yeux

Un documentaire qui ne laisse pas indifférent

La première fois que j’ai regardé The Social Dilemma (Derrière nos écrans de fumée en version française, Jeff Orlowski, Netflix, 2020), j’ai ressenti un mélange étrange de soulagement et d’inquiétude. Le soulagement venait d’un constat simple : je n’étais pas la seule à ressentir ce malaise face aux réseaux sociaux. L’inquiétude, elle, est venue juste après, et elle ne m’a plus quittée.

Ce documentaire examine la croissance des réseaux sociaux et les effets qu’ils ont sur nos vies, en mettant en lumière la façon dont ces plateformes sont délibérément conçues pour créer de l’engagement, c’est-à-dire, dans les faits, de la dépendance. Il explore leur influence sur la politique, leur impact sur la santé mentale, et en particulier sur celle des adolescents. Et il le fait en donnant la parole à ceux qui ont conçu ces systèmes : des ingénieurs et cadres de la Silicon Valley qui expliquent, parfois avec une gêne visible, les mécanismes qu’ils ont eux-mêmes mis en place.

Ce qui m’a frappée dans The Social Dilemma

Selon ses promoteurs, le film a été vu par environ 100 millions de personnes dans 190 pays. Début 2021, on comptait environ 4,2 milliards d’utilisateurs de réseaux sociaux dans le monde. Même en prenant ces chiffres au pied de la lettre, le film n’aurait touché qu’environ 2,5 % des personnes qui utilisent ces plateformes. Est-ce encourageant ou inquiétant ? J’aurais tendance à voir le verre à moitié plein, mais la question mérite d’être posée sérieusement.

Ce qui m’a le plus marquée, ce n’est pas la révélation des mécanismes de captation de l’attention : j’en avais une intuition. C’est la banalité avec laquelle ceux qui les ont conçus les décrivent. Pas de remords spectaculaire, pas de grand discours. Juste une lucidité froide sur ce qu’ils ont fabriqué, et une anxiété visible quant à ce que leurs propres enfants font avec ces outils.

The Social Dilemma n’est pas un film parfait. Il dramatise, simplifie parfois, et certains de ses intervenants ont des intérêts dans d’autres entreprises technologiques. [Ajout proposé : Et il y a une ironie difficile à ignorer : il est diffusé par Netflix, une plateforme qui repose elle aussi sur la lecture automatique et les recommandations algorithmiques.] Mais ses limites ne changent pas ce qu’il montre : ces plateformes ne sont pas neutres. Elles ont été conçues pour maximiser le temps que vous leur consacrez, pas pour améliorer votre vie.

Femmes allongée sur le sol dans une pièce remplie d'écran cathodiques

De la prise de conscience à l’action

De la prise de conscience à l’action, il y a toujours une longue route. The Social Dilemma a été pour moi l’un des déclencheurs de cette aventure qu’est Hu-Tech. Non pas parce qu’il donne des réponses définitives, mais parce qu’il pose les bonnes questions au bon niveau : pas seulement « est-ce que j’utilise trop mon téléphone ? », mais « pourquoi ces outils sont-ils faits pour que je ne puisse pas m’en passer ? »

Ce déplacement de la question, de la responsabilité individuelle vers la responsabilité de conception, est au cœur de ce que j’explore ici. De mon côté, l’un de mes premiers gestes a été de tester un dumbphone.

Si vous ne l’avez pas encore vu, je vous encourage à le regarder. Pas pour avoir peur, mais pour regarder vos outils différemment.

Passons aux slowcial media !

Essayez de modifier vos habitudes

Je vous propose le défi publié sur le site du documentaire, le Social Media Reboot, pour tester votre capacité à modifier vos habitudes.

Dans les 7 prochains jours, je m’engage à…

    • Je n’utiliserai pas mon appareil mobile 30 minutes avant de me coucher ni 30 minutes après mon réveil.
  • Récupérer mon temps d’écran pour le lien avec les autres
    • Je vais éteindre les notifications inutiles, ou les désactiver sur les applications qui utilisent des algorithmes de surveillance pour décider des informations que je vois.
  • Me libérer des outils de manipulation
    • Je vais désactiver la lecture automatique lorsque c’est possible et ne jamais regarder une vidéo qui m’est recommandée, pour sortir des « rabbit holes* » .
  • Faire attention avant de partager
    • Pour lutter contre la propension des réseaux sociaux à diffuser des informations erronées et à jouer sur mes préjugés, je ferai une pause avant de partager un contenu, pour en vérifier la source et m’interroger sur les raisons qui me poussent à le publier.

* L’expression « rabbit hole » (terrier de lapin) vient d’Alice au pays des merveilles (1865) de Lewis Carroll, où Alice tombe dans un terrier et pénètre dans un monde fantastique. En ligne, elle désigne une spirale de contenus qui s’enchaînent, souvent sur recommandation d’un algorithme, et dans laquelle on perd la notion du temps.

Note (mise à jour 2026) : depuis la rédaction de cet article, j’ai développé le HU Score, une grille d’évaluation qui permet de mesurer, pour n’importe quelle application ou service, dans quelle mesure il respecte votre attention et vos données. Essayez de passer un réseau social au crible. Le résultat ne surprendra probablement pas, mais le fait de le formuler noir sur blanc change quelque chose.

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